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L’Europe de la sécurité électrique reste à construire

Publié le 23 février 2017

Le Livre Blanc sur la sécurité électrique résidentielle, publié au mois de janvier 2017 par le Forum pour la sécurité électrique européenne (FEEDS)(1), dresse un état des lieux sans concession de la sécurité des installations électriques domestiques dans les 28 pays de l’Union européenne. Le faible taux de rénovation des installations constitue un défi majeur, alors même que les usages de l’électricité se diversifient et s’intensifient.

280 000. C’est le nombre d’incendies d’origine électrique qui se produiraient chaque année dans l’Union européenne. Ils seraient responsables d’environ 1 000 décès et occasionneraient 6,25 milliards d’euros de dégâts. « La lutte contre les installations électriques domestiques dangereuses est loin d’être gagnée, annonce en préambule le rapport du FEEDS. Le problème majeur des incendies d’origine électrique n’est pas encore suffisamment pris en considération dans la majorité des pays de l’Union européenne. »

Le rapport pointe deux facteurs à l’origine des problèmes de sécurité électrique : l’Europe possède un stock important de logements anciens et ils sont rénovés à un taux lent. En moyenne, 86 % des logements ont plus de 25 ans et 51 % plus de 45 ans. Or, « au-delà de 20 ans, un logement doit subir des contrôles réguliers et si nécessaire, la rénovation de l’installation électrique est requise pour prévenir les risques électriques ». Le rapport précise que le nombre de rénovations « est plus bas que le taux de construction d’il y a 30 à 40 ans. Il en résulte un décalage entre les standards de sécurité et la réalité du terrain. » Il compromettrait « les efforts réalisés au cours des décennies passées pour améliorer la sécurité électrique dans de nombreux pays européens. Cela nécessite une réaction à court terme afin de contrer cette tendance. »

Des conditions changeantes

Outre le vieillissement des installations électriques, le rapport met en lumière la pression supplémentaire exercée sur les installations électriques dans un futur proche, sous l’effet de l’évolution des modes de vie. Le manque de prises dans les logements - phénomène remarqué dans tous les pays européens - est accentué par la multiplication du nombre d’équipements électriques et par le développement du télétravail. En résulte une utilisation accrue des multiprises et des rallonges électriques, qui peuvent conduire à des situations dangereuses.

A moyen terme, les nouveaux usages de l’électricité nécessitent une nouvelle approche en matière de sécurité. Sont notamment concernées les technologies en lien avec l’assistance à domicile (télémédecine, alarmes de sécurité…), le photovoltaïque, les pompes à chaleur et la recharge des voitures électriques. Le rapport souligne qu’il est indispensable que « le logement et l’installation électrique (soient) adaptés afin de pouvoir supporter ces fonctions sans créer de nouveaux risques. » Pire, le rapport stigmatise aussi « le manque de compétences des bricoleurs et de certains professionnels concernant les règles de sécurité électrique de ces nouvelles solutions, qui pourrait créer un fossé accru entre les standards de sécurité et la réalité au sein des logements. »

Certains sont plus vulnérables

Face au risque électrique, les particuliers ne sont pas tous sur un même pied d’égalité. Les personnes âgées sont en moyenne plus exposées au risque électrique « en raison de leurs conditions de logement souvent pauvres, des problèmes de santé qu’elles peuvent avoir, ou du manque de conseils et d’aides pratiques disponibles. » Cette dimension sociale va prendre de l’importance puisque le nombre de locataires de plus de 65 ans dans le parc privé est censé doubler d’ici 2035, sous l’impulsion du vieillissement de la population, de la préférence des personnes âgées à rester chez elles le plus longtemps possible et du manque de maisons de retraite pour les accueillir.

Intensifier les contrôles

Parmi les mesures évoquées pour remédier au risque électrique, le rapport recommande la certification des professionnels, des campagnes d’information intensives et, surtout, des contrôles périodiques obligatoires. Au Japon ou en Corée du Sud, où la loi impose l’inspection des installations électriques tous les 4 ans depuis le début des années 60 et des années 70, le nombre d’incendies a chuté d’environ 90 %.

L’enjeu n’est pas seulement humain. Si l’inspection de l’installation électrique avait lieu tous les 10 ans, accompagné d’un taux de rénovation annuel de 2 % des installations, 400 000 emplois supplémentaires pourraient être créés dans l’Union européenne, pour un bénéfice de 3 milliards d’euros(2).

 

La France, plutôt bon élève

En France, la politique menée a connu de bons résultats : les standards de sécurité et la réglementation ont permis de réduire le nombre d’électrocutions dans les logements de 200, en 1970, à 30 en 2015, et plus globalement le nombre d’accidents.

Le diagnostic électrique obligatoire lors de la vente du logement, ainsi que la remise au locataire d’une information sur l’état de l’installation électrique à compter du 1er juillet prochain sont saluées. De même que l’action menée par le Groupe de Réflexion sur la Sécurité Electrique dans le Logement (GRESEL). Le rapport précise néanmoins qu’il serait dangereux de s’endormir sur ses lauriers et que « des mesures additionnelles doivent être prévues, en parallèle aux évolutions technologiques. »

(1) Livre Blanc « Sécurité électrique résidentielle – Comment propager le progrès ? », Forum for European Electrical Safety (FEEDS), janvier 2017.
(2) Selon le rapport “Parliamentary Study by the UK Health & Safety Executive”.

Propositions pour améliorer la sécurité électrique des logements

Par le Comité de normalisation électrotechnique (CENELEC) et la Commission Internationale Electrotechnique (CIE).

Pour les professionnels :

  • Formation continue tout au long de la vie à l’évolution des standards en matière de sécurité électrique.
  • Qualification qui donne aux particuliers la garantie d’un travail réalisé selon les standards électriques en vigueur.
  • Nouvelles installations et rénovations majeures réalisées par des installateurs certifiés ou dont la compétence a été vérifiée par des experts.

Pour les particuliers :

  • Inspection périodique obligatoire de l’installation électrique tous les 10 ans et à l’occasion du changement d’occupant (propriétaire ou locataire).
  • Instauration d’une procédure standard de plainte pour le client en cas de malfaçon.
  • Information continue et campagnes de sensibilisation, en particulier à destination des bricoleurs.
  • Lutte accrue contre la contrefaçon, les produits ou câbles défectueux avec possibilité de rappel de ces produits.
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