La seule association à but non lucratif engagée pour plus de confort et de bon sens dans l’habitat.

Logement adapté : les enjeux d’une rénovation nécessaire

Publié le 25 juin 2020

La transition démographique nécessite aujourd’hui d’adapter le logement au vieillissement de la population. Un sujet sur lequel les filières bâtiment sont grandement mobilisées pour faire évoluer l’habitat vers davantage de confort et de sécurité pour les séniors. Pour en savoir plus, Jean-Philippe Arnoux, Directeur Silver Économie chez Saint-Gobain, a répondu à nos questions.

Vous faites partie du collectif qui a lancé les États généraux de la séniorisation de la société. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche et quels sont ses objectifs ?

Les États généraux de la séniorisation de la société ont été lancés fin mars par un collectif d’une cinquantaine de personnes au départ et qui en réunit 200 aujourd’hui, avec l’objectif d’apporter un regard complémentaire sur la thématique du vieillissement de la population.

En France, on a pour habitude de traiter ce sujet de manière très centralisée, de Paris vers les régions. L’idée ici est d’inverser l’angle de vision, et de donner la parole aux acteurs du terrain pour confronter les différentes manières d’appréhender la question du vieillissement.

Plutôt que de considérer les grands sujets que sont la transition énergétique, la transition démographique ou encore la transition numérique, par silos, nous appelons à faire converger ces transitions pour obtenir des résultats à la hauteur des attentes sociétales et environnementales.

Jean-Philippe Arnoux, Directeur Silver Économie chez Saint-Gobain

Avec ces États généraux de la séniorisation de la société, nous voulons donc porter les voix des acteurs impliqués sur ce sujet pour faire bouger l’État sur les questions que pose cette convergence des transitions.

Aujourd’hui, les Français rénovent peu pour adapter leur logement, alors que la grande majorité de la population souhaite vieillir à domicile. Les travaux se décident en réaction à un accident, à une maladie, pour adapter son logement, et peu en prévention. Comment pourrait-on changer la donne ?

En France, l’enjeu du vieillissement de la population a toujours relevé du ministère de la Santé, une situation qui semble néanmoins évoluer. La crise du Covid-19 a mis en lumière les limites de nombreux systèmes, dont celui de la santé évidemment, mais aussi celui du logement.

Depuis deux semaines, la direction de la Cohésion sociale, et le ministère du Logement, à travers la Direction de l’habitat, de l’urbanisme et des paysages (DHUP), travaillent de concert avec les grands acteurs et partenaires de la prévention, comme les caisses de retraite, pour préparer des mesures qui devraient déboucher sur un discours plus global sur la prévention dans l’habitat.

Action Logement fait partie des acteurs qui ont permis de faire avancer cette réflexion grâce à son plan d’investissement volontaire dans lequel un milliard d’euros est consacré à l’adaptation des salles de bains, un montant largement supérieur à ce que l’État a pu investir jusqu’ici dans ce domaine.

Nous devons encourager les Français à anticiper l’adaptation de leur logement pour prévenir le risque de chute. Chaque année, on compte à peu près 500 000 chutes de personnes de 75 ans et plus en France. Le coût supporté par la sécurité sociale est de l’ordre de 2 à 4 milliards d’euros. Environ 10 000 séniors décèdent à la suite d’une chute tous les ans.

Le logement doit représenter 60 à 70 % des chutes, dont 50 à 60 % ont lieu dans la salle de bains, le reste étant des chutes nocturnes liées à la désorientation et à la perte d’équilibre. Des chiffres qui pourraient considérablement baisser avec plus de prévention.

Après la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement de 2007, la création d’une cinquième branche de la sécurité sociale est un nouveau marqueur fort qui devrait permettre d’investir davantage dans la prévention.

Cette initiative permettrait également d’accompagner les Ehpad, mais aussi les professionnels de l’aide à domicile dans leur activité au quotidien, en visant une adaptation du logement qui prend en compte les besoins de l’occupant, mais aussi ceux de son écosystème (aidants familiaux et aidants professionnels).

Aussi, l’envie d’adapter son logement passe par la commercialisation de jolis produits, avec une esthétique soignée, qui ne donnent pas l’impression de sortir tout droit d’un hôpital.

Il est aussi essentiel de renforcer la communication autour de cette thématique. Sur ce volet, nous recommandons le lancement d’une campagne grand public pour parler de la sécurité dans l’habitat, y compris de la sécurité fonctionnelle, et casser ainsi tous les codes engrangés depuis l’après-guerre sur la sécurité. Le message à passer est que la sécurité est l’affaire de tous, et qu’il faut s’y prendre le plus tôt possible !

Un dernier point qui me semble important fait partie des préconisations du rapport Hulot : la transition démographique doit être intégrée dans les politiques de responsabilité sociale et sociétale des entreprises.

Si l’entreprise doit répondre à des obligations légales en matière d’inclusion, dans quelques années se posera la question de l’accompagnement des séniors en activité, et qui ont des parents à charge. Les entreprises doivent être impliquées au plus vite pour favoriser la prévention et apporter le soutien nécessaire aux personnes concernées.

En raisonnant de manière préventive, quelles sont les solutions à conseiller en premier lieu pour rendre son logement évolutif et conserver son autonomie ?

Selon moi, il faut d’abord réfléchir de manière pratique, sans forcément penser à l’âge. Il s’agit pour commencer d’avoir des meubles à la bonne hauteur, le micro-ondes à portée de main par exemple, pour ne pas se brûler. Ne pas avoir de meuble trop bas pour éviter le mal de dos, penser à installer des rehausseurs de prises… autant de gestes qui relèvent du confort lorsqu’on a 40 ans, mais qui deviendront une nécessité l’âge avançant.

Concernant l’extérieur, l’éclairage automatique est très répandu pour économiser de l’énergie. À partir d’un certain âge, cela permet d’éviter les chutes. Je suis par ailleurs favorable à rendre obligatoire l’éclairage automatique à l’intérieur du logement, dans chaque couloir. Pour la salle de bains, la baignoire est à proscrire au profit de la douche à l’italienne, pour des raisons de sécurité, mais aussi d’écologie liées au gaspillage de l’eau.

Quel rôle les professionnels du bâtiment doivent-ils jouer ?

Le défi de l’âge ne doit pas être uniquement abordé par le prisme du grand âge, mais être réfléchi de manière globale, pour tous. Pour y répondre, les professionnels de l’immobilier, de la construction, les architectes, doivent apporter leur regard et s’impliquer pour développer des logements adaptés.

Aujourd’hui, les pros de l’accessibilité de la FFB ou les artisans Handibat de la CAPEB ne sont que 3000 en France, pour répondre à un marché de 26 millions de logements anciens et bientôt 8 à 10 millions de personnes qui auront des besoins d’adaptation de leur habitat. Pour favoriser la multiplication des opérations et rassurer les porteurs de projets, je défends la création d’un métalabel qui encadrerait les bonnes pratiques en matière d’adaptation du logement.

Ce label, que j’appellerais RGAA, pour reconnu garant de l’accessibilité et de l’adaptation des logements, permettrait d’engager cette prise de conscience souhaitée de l’urgence démographique. Il donnerait l’opportunité aux fédérations, comme la FFB ou la CAPEB, de s’emparer du sujet, et permettrait de valoriser le savoir-faire des entreprises pour rassurer les usagers quant à l’expertise des artisans.

Quels sont les projets de Saint-Gobain sur le sujet de l’adaptation des logements ?

Fin juin, Saint-Gobain lance, en partenariat avec Action Logement, la CAPEB, SOLIHA et CEDEO, une grande opération autour de la salle de bains. Saint-Gobain a développé trois offres, main d’œuvre comprise, qui sont complètement couvertes par la prime versée par Action Logement de 5 000 euros.

En juillet, nous mènerons une grande campagne de communication pour promouvoir notre dispositif auprès de 5 000 artisans, une opération que nous renouvellerons en septembre pour toucher 5 000 professionnels supplémentaires.

Nous poursuivons également nos actions menées à bord des camions que nous avons aménagés avec SOLIHA, et qui sillonnent la France rurale et périurbaine pour aller à la rencontre des Français, afin de les sensibiliser à l’adaptation de leur domicile pour bien vieillir, éviter les chutes et rester chez soi le plus longtemps possible.

Sans oublier un autre moment fort de l’année pour Saint-Gobain qui sera  notre participation au Salon des séniors en septembre, aux côtés d’Action Logement, de la CNAV, des artisans Handibat et de l’ANAH.

Votre navigateur est obsolète

Pour accéder à ce site, vous devez mettre à jour votre navigateur