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Portrait du « Meilleur Ouvrier de France » : Sébastien Crochet, sa vision du métier d’électricien

Publié le 28 avril 2016

Le 16 avril 2015, Sébastien Crochet, installateur électricien à Sainte-Luce sur Loire (Loire-Atlantique), recevait la médaille du "Meilleur Ouvrier de France" (MOF) dans la catégorie des métiers de l’électricité et de l’électrotechnique. Un an après, il revient sur cette distinction prestigieuse et fait le constat que les installateurs eux-mêmes sont parfois le frein le plus important à la domotique.

A 42 ans, Sébastien Crochet arbore avec fierté le col tricolore qui lui a été remis il y a un an, lorsqu'il a remporté le Concours « Un des Meilleurs Ouvriers de France ». Une récompense prestigieuse, qui, depuis 1925, couronne tous les quatre ans l'excellence professionnelle dans plus de 200 métiers manuels.

Il découvre le concours par hasard à la télévision en 2014. « Je me suis dit : encore un concours dans lequel le métier d'électricien n'est pas reconnu. » Il fait néanmoins des recherches et découvre que le métier est bien représenté. Il se lance.
« Pour moi, gagner était inaccessible, se souvient-il. Je m'étais fixé de passer les qualifications ». Lorsqu'il est reçu, il commence à construire une maquette représentant une vue de l'intérieur d'une maison sur deux niveaux, constituée d'un salon salle à manger, d'une cuisine, d'un bureau, de deux chambres et d'un local technique. Elle intègre des solutions domotiques de confort, d'optimisation des consommations d'énergie, de sécurité et de contrôle à distance (lire encadré). Hager apporte une partie des produits, finançant ainsi environ 40 % de l'investissement total. Le temps passe, l'installateur commence à y croire… « Quand le jury est venu me voir, un mois et demi avant l'épreuve finale, j'ai compris à leurs regards qu'il y avait moyen d'aller au bout. »

Le client au centre de l'installation

Le 4 mars 2015, il remporte le concours. « Je pense avoir gagné parce que j'ai considéré cette maquette comme mes installations habituelles : en plaçant le client au centre. Le secret d'une installation domotique réussie, c'est vraiment le diagnostic des souhaits du client et le conseil, car les gens n'ont pas forcément conscience de ce dont ils ont besoin, ajoute-t-il. C'est ce qui est demandé à un Meilleur Ouvrier de France : être dépositaire d'un savoir-faire, avoir la précision du geste mais être tourné vers l'avenir de son métier. »
Sébastien Cochet estime que le jury a été touché par sa démonstration de la modernité du métier d'électricien, « pas juste un électricien qui fait de l'éclairage, comme on le faisait avant, mais qui peut faire de l'intégration, qui est porté sur les énergies renouvelables. La domotique, c'est l'espace de créativité de l'électricien aujourd'hui », estime-t-il. Il considère d'ailleurs que telle est l'évolution du métier d'électricien, voué à devenir intégrateur.
 

 

Ne pas laisser le métier à d'autres

Quand on lui demande quels sont les freins qui selon lui empêchent à la domotique de prendre toute sa place, Sébastien Crochet a une réponse surprenante. « Quand on préconise de la domotique à un client, le premier rempart, c'est l'installateur concurrent. Il y en a souvent un qui va dénigrer la domotique, parce qu'il ne la connaît pas, qu'il ne sait pas l'installer et qu'il se dit qu'il vaut mieux proposer quelque chose de plus traditionnel : au moins il ne perdra pas le client.» Pour lui, les installateurs électriciens souffrent de « complexes » sur ces technologies et n'osent pas les approcher. « On n'a pas pris le train de la domotique en marche et on a laissé certaines habitudes s'installer alors qu'à priori, le plus qualifié pour faire de la domotique, c'est quand même l'électricien, constate-t-il, alors que d'autres professions ont moins d'états d'âme. Des gens qui écrivent "domotique" sur leur camion, j'en vois beaucoup, mais ce ne sont pas toujours des électriciens. Il y a des serruriers, des menuisiers qui vont vendre un interphone, un automatisme de portail, des volets roulants ou un module pour gérer l'éclairage. Ce n'est pas ma vision de la domotique, que je conçois comme un ensemble. »
Selon lui, démocratiser la domotique passerait donc d'abord par convaincre les électriciens d'en installer. Sébastien Crochet n'a pas de recette miracle pour y parvenir, mais il insiste sur le fait qu'on peut s'y mettre sans investir des sommes importantes ni se former de manière très approfondie. « De toute façon, demain, les jeunes sortiront de l'école avec un bagage en la matière et je pense qu'ils pousseront toute la filière vers la domotique », conclut-il.

La maquette de la victoire

Chacune des pièces est équipée de capteurs dont certains dédiés à la sécurité : détecteur d'intrusion, de monoxyde de carbone et d'inondation, détecteur optique de fumée. D'autres capteurs déterminent le déroulement d'automatismes : des sondes de température, un capteur de pluie et un capteur de luminosité. Deux détecteurs de mouvements sont affectés aux commandes de l'éclairage de la cuisine et du bureau.
Le dialogue entre l'utilisateur et la maquette est opéré au travers d'un boîtier d'ambiance pour la gestion de l'énergie, d'un clavier tactile pour l'alarme, d'un téléphone analogique, d'une télécommande et d'une tablette tactile équipée de l'application DOMOVEA. Des scénarios ont été programmés, qui gèrent les volets roulants, l'éclairage, l'alarme intrusion et incendie, le chauffage, la production d'eau chaude, la simulation de présence.
La détection de présence et d'ouverture de fenêtre ou de porte intègrent également la gestion du chauffage qui, dans la chambre d'enfant, possède un système d'auto-apprentissage du mode de vie avec anticipation de présence d'une demi-heure.
Enfin, en extérieur, la pompe de la piscine, sa mise hors-gel et l'arrosage automatique sont également programmés.

Le parcours d'un passionné de domotique

Attiré par la domotique, Sébastien Crochet se met à tester des produits au quotidien sur les chantiers. « Quand j'ai voulu vraiment mettre de l'intelligence dans les installations, je suis passé à une formation au logiciel ETS, qui donne des clés, confie-t-il. Après, c'est un travail personnel d'aller chercher les bases de données des fournisseurs et d'essayer les produits. » Pour ne jamais cesser d'apprendre et de s'enthousiasmer, Sébastien Crochet investit tous les ans pour le simple plaisir de tester des produits qui l'intéressent.
A l'époque où il se lance dans le concours, il travaille seul au sein de son entreprise. « Quand j'en suis sorti, mon carnet de commandes n'était pas très rempli. Cela a duré trois mois puis ça s'est envolé à tel point que je n'arrive pas à satisfaire toutes les demandes, malgré l'embauche d'un compagnon. Etre MOF, ça donne de la crédibilité, surtout auprès des professionnels, étonnamment. J'ai une petite société, avant je ne faisais pas le poids face à un concurrent plus conséquent. Maintenant, mes clients ont compris que mon champ de compétences est équivalent à celui d'une plus grosse entreprise, mais avec l'engagement et l'implication de l'artisan en plus. J'ai triplé mon chiffre d'affaires en deux mois seulement. Le revers de la médaille, si je puis dire, c'est que maintenant les clients ont une attente, ils ont signé avec un Meilleur Ouvrier de France, il faut assurer !»

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